MARCHE DE L'IMMOBILIER : Le boom..., jusqu'à quand ?

Ces dernières années, le marché de l'immobilier a tellement bien marché à Dakar qu'il y eu une véritable ruée sur le foncier. L'offre, tous segments confondus, a accompagné une demande de plus en forte. Entrainant par la même occasion une inflation et une spéculation rendant les prix hors de portée. Ce qui a poussé certains à se demander s'il n'y pas un risque de crash de l'immobilier au Sénégal ? Question ouverte dans un contexte de ralentissement relatif des investissements. REUSSIR ouvre le dossier.



Deux dates majeures peuvent être évoquées pour donner un aperçu historique du boom de l'immobilier au Sénégal. D'abord, la Dévaluation de 1994 qui a servi de déclic, notamment pour nos parents modou-modou et autres fatou-fatou qui ont profité du doublement de la valeur du franc français en FCFA pour se constituer une petite épargne, investie pour l'essentiel dans la «pierre». Dans un premier temps, une maison à usage d'habitation familiale ; ensuite, si les moyens le permettent, des villas à louer surtout dans les quartiers émergents de l'époque, de la Foire, des Maristes, de Sacré Cœur, des Parcelles Assainies… Mais il faut bien attendre l'avènement de l'Alternance de l'an 2000 pour assister à une «explosion» du marché de l'immobilier. Aussi bien au niveau de l'offre que de la demande. En l'espace d'un septennat des Libéraux au Pouvoir, il y a eu plus de constructions qu'en deux décennies des Socialistes. On a même parlé de «boulimie foncière» des nouveaux tenants du régime tellement ça construisait de partout… Pour tous les goûts, les standings et dans toutes les zones. Des villas individuelles, des immeubles de rapport, des cités résidentielles et même des studios meublés.
Pendant longtemps, il n'y avait que la SICAP, l'OHLM et autres HAMO pour construire des logements aux fonctionnaires, en général, parce qu'ils étaient les plus solvables. Mais avec les programmes d'ajustement structurel, des coupes sombres ont été opérées dans leurs budgets. N'ayant plus les moyens de leurs ambitions, elles ont été obligées de limiter leurs activités au strict minimum. Mais dans la foulée de l'Alternance de 2000, il est apparu une nouvelle caste d'entrepreneurs et de promoteurs privés. Certains, pour monter un ou deux coups puis disparaître. Quelques fois avec l'argent des pauvres Goorgolou… D'autres, plus sérieux, y ont vu une opportunité en or de profiter de leur réseau relationnel pour disposer de terrains, faire quelques réalisations et s'établir dorénavant dans le domaine de la promotion immobilière. Avec des références, quelques fois, qui forcent le respect… Sans compter les gros calibres comme le Groupe Teylium de Yérim Sow, un money maker redoutable, qui a flairé, très tôt, tout le pognon qu'il pouvait se faire en se positionnant sur la niche de l'immobilier de luxe. Sur le haut… du haut du gamme !
Du côté de la demande, non seulement il y a les hommes forts du régime libéral qui dégainaient plus vite que leur ombre en s'achetant des propriétés foncières en veux-tu, en voilà… Mais également, il y a eu tous ces Africains de l'ouest et d'ailleurs et les Européens, les retraités en particulier sur la Petite Côte, charmés par le climat tempéré de Dakar, la Téranga légendaire de ses habitants et surtout la stabilité politique d'un pays considéré comme un «havre de paix». Dakar, une Destination résidentielle ? Je rêve… ! Durant la crise ivoirienne, des milliers de familles se sont repliées sur Dakar entraînant immédiatement une flambée des prix sur le locatif du moyen et haut standing. Sans compter les délocalisations des sièges de multinationales et autres organismes internationaux.
La conjugaison de tous ces facteurs a conduit à une certaine surchauffe du marché de l'immobilier. Une très bonne chose pour l'économie nationale. Ne dit-on pas d'ailleurs que, «quand le bâtiment va, tout va…». Depuis des années, le BTP est un des principaux vecteurs de la création des richesses nationales. Une contribution moyenne de 5,4% au PIB en 2007. Une croissance de l'ordre de 12,5% sur la période 2004-2007. Tirée par les investissements publics dans les infrastructures qui, eux aussi, ont littéralement explosé. Avec les Chantiers de Thiés (Programme Indépendance 2004) et de l'ANOCI (Corniche, Aéroport, prolongement de la VDN, programmes hôteliers…) sans compter les travaux du Programme d'Amélioration de la Mobilité Urbaine (PAMU) avec l'AATR... Un seul indicateur pour se donner une idée des coûts engendrés par tous ces Grands Travaux. Le chiffre d'affaires des cimenteries (SOCOCIM et Ciments du Sahel) est passé de 83,1 milliards en 2003 à pas moins de 100 milliards en 2006.
Aujourd'hui, de l'avis de beaucoup d'acteurs et d'observateurs, le marché tourne au ralenti… A vue d'œil, l'offre serait supérieure à la demande. Il y a tellement de nouvelles constructions à Dakar, au Centre ville, aux Almadies et sur la VDN qu'on ne peut s'empêcher de se demander : «on construit pour qui ?» Surtout que les prix en vigueur sont hors de portée du revenu moyen des Sénégalais ! De plus en plus, on voit des chantiers qui s'arrêtent (on ne sait pas pourquoi ?), des écriteaux «à louer» pendant longtemps au fronton de beaucoup d'immeubles, des opérateurs qui se plaignent de la morosité ambiante de l'économie… Ce qui a poussé certains acteurs à se demander s'il n'y pas un risque de crash ? Une question terrible qui fait froid dans le dos mais qu'on ne peut plus occulter tellement les prémisses sont là, visibles et tangibles...
Autant de raisons qui ont poussé REUSSIR à ouvrir le dossier de l'Immobilier au Sénégal. Avec un large tour d'horizon avec la plupart des acteurs. Des financiers aux promoteurs en passant par les agences immobilières, les architectes, les experts évaluateurs, les notaires, les intervenants sur le haut de gamme comme sur l'habitat social… Bref, la Totale ! Soit une cinquantaine de pages pour vous tenir au courant des tenants et des aboutissants de ce secteur, ce qu'il y a de plus transversal.
Dossier coordonné par Baye D. WADE


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